Violence

 
 
 
 
 
 Ces ostalgiques qui prétendent, vingt ans après la chute du mur de Berlin et l’ouverture des archives que là-bas des conquêtes sociales sont remises en cause, de quel droit se permettent-ils de faire l’éloge de ce dont ils n’ont pas souffert ? Qu’ils relisent London, Plioutch, Soljenitsyne, Chalamov, qu’ils se demandent ce que sont devenus les Imre Nagy, les Dubcek, et tous ces militants sincères restés fidèles à leurs principes ! 
 
 Qu’on ne me réplique pas qu’à mon tour je n’ai pas d’yeux pour voir ici la misère, le chômage, la difficulté de vivre pour des millions de gens, la délinquance, l’incompétence des gouvernants. Mais je ne suis pas un communiste à l’envers. Je ne prétends pas que nous vivons au paradis, ni que le capitalisme est un objectif à poursuivre. Au moins, je me rends compte que je suis en liberté, que les adversaires du régime en place ne seront ni rééduqués ni internés en hôpital psychiatrique. Je vois aussi que les chars ne sortent pas des casernes pour écraser les manifestations des enseignants, des postiers et des travailleurs licenciés. Que pendant cinq mois tous les samedis des manifestations violentes sont tolérées en plein Paris et dans les villes de province. Qu’on peut impunément brûler l’effigie du président. Je constate que le pire des délinquants dispose d’un avocat pour sa défense, que des journaux à fort tirage publient des caricatures du plus haut magistrat de la république sans être poursuivis.
 
 Il fut un temps où le socialisme à l’est faisait tourner à plein régime l’idée révolutionnaire. La faillite du communisme a tout remis en cause. En manque d’un idéal crédible et mobilisateur à proposer, l’extrême gauche est en errance. Il y a le dépit, même la rage, d’avoir perdu la guerre contre le Grand Satan, mais aussi ces casseroles que les révolutionnaires encore actifs traînent derrière eux. Après le goulag, aller convaincre les peuples que le socialisme peut encore aujourd’hui être une perspective pour l’humanité ? La violence des manifestations avec la présence quasi permanentes de casseurs, peut s’expliquer par ce trou béant laissé dans la mémoire collective. A court d’arguments les esprits s’échauffent, c’est humain. Quand il n’y a plus rien à croire, c’est désespérant. 
 
« …mais que feriez-vous donc sans « ennemis » ? Mais vous ne pourriez plus vivre, sans « ennemis » ; la haine qui n’a rien à envier à la haine raciale, voilà l’atmosphère stérile que vous respirez… »
 
 Soljénitsyne, lettre au secrétariat de l’Union, le 12 novembre 1969
 
 
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27/06/2019
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