Si tu m'entends mon ami

  

 Je suis grand-père Jean-Bernard, je sais que cela ne te passionne pas, je me permets au-delà du respect que je te dois, je me permets d’évoquer mes petits enfants, à quel point je les aime. Ce ne sera pas long. Pour te dire qu’un jour ils liront, tu crois vraiment qu’ils les liront mais oui ces lignes, et qu’ils s’interrogeront. Qui étais-tu, je leur montrerai le Feu, mais qu’est-ce qui m’a pris d’avoir laissé ce chef d’œuvre dans le garage, ils le verront crois-moi, avec Annaïck Thiphaine Louna Eliot nous parlerons des œuvres.

 

Si tu m’entends mon ami si tu m’entends, le livre que je t’avais promis je l’écris maintenant, tu n’en liras rien. Je l’écris quand même, d’où tu es vieux frère mets tes lunettes si tu vois l’écran tu sauras à quel point je t’en veux de m’avoir laissé sur cette terre de malheur tu m’as laissé tout seul.

 

Il y a deux ans et demi que tu es parti comme ça dans ton sommeil sans un signe un au revoir un mot une lettre un verre le bourbon tu aimais le bourbon même pas un mot pour que Jacqueline prenne plaisir encore à te couper la parole « JB tu exagères ». On était comme ça tous les deux on passait notre temps à exagérer qu’est-ce que j’ai fait depuis soixante trois ans sur cette terre ? J’ai exagéré. Dans tous les domaines j’ai exagéré et toi tu en rajoutais de l’exagération, en tout.

 

Ce n’est pas que j’éprouve du mépris pour les gens qui n’exagèrent pas, je suis méfiant dès que le bout de mon doigt frôle une norme et là je dis danger c’est louche parce que la réalité des choses et de la vie, la vraie réalité celle qui existe, même à coups de marteau, elle ne rentre pas dans la norme. La réalité est toujours exagérée la réalité n’est pas normale et c’est ça qui est intéressant, captivant parfois, douloureux souvent, pendant ce court passage à quarante mille kilomètres par seconde et même plus, dans la galaxie.

 

Avec Annick je suis allé admirer les primitifs flamands au Jacquemart André un petit Van Eyck de vingt-cinq par trente éblouissant et les pèlerins d’Emmaüs de Rembrandt je sentais ta présence et tu ne disais rien il n’y a rien à dire l’exagération ne se commente pas. Tous les deux nous restions longtemps sans rien dire autrefois le silence ne nous gênait pas sur le balcon à Nyons comme cela nous sommes restés assis sur deux chaises longues le silence on s’est regardés on s’est mis à rire impossible de savoir pourquoi aucune raison l’amitié.

 

Je suis grand-père Jean-Bernard, avec Annaïck Thiphaine Louna Eliot nous parlerons des œuvres des grands de ce monde nous voyagerons dans le beau il n’y a plus que ça, le Beau, quand il n’y a plus rien.

 

 

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26/01/2010
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