Quand le parti communiste s'indigne...

 

 

…accusant les autorités de pratiquer la censure (1), sais-tu ce que je fais ? 

 

Dans la cellule (2), chacun s’interroge :

 

- tu ouvres un livre d’histoire ?

 

- tu t’infliges pour la énième fois la lecture des trois volumes de l’Archipel du Goulag ?

 

- tu te pinces pour vérifier que tu ne rêves pas ?

 

- tu fais celui qui n’a rien entendu ?

 

- tu cries, tu hurles avec le poète :

 

 

« Je chante le Guépéou qui se forme
en France à l'heure qu'il est
Je chante le Guépéou nécessaire de France
Je chante les Guépéous de nulle part et de partout
Je demande un Guépéou pour préparer la fin d'un monde
Demandez un Guépéou pour préparer la fin d'un monde
pour défendre ceux qui sont trahis
pour défendre ceux qui sont toujours trahis
Demandez un Guépéou vous qu'on plie et vous qu'on tue
Demandez un Guépéou
Il vous faut un Guépéou

Vive le Guépéou figure dialectique de l'héroïsme… » (3)

 

- tu gonfles la poitrine au maximum, puis tu expires par petites saccades décontractantes?

 

 Ou alors tu te dis que le plus dur est passé, et que rien dans la vie n’est jamais totalement négatif ?

 

 Ou bien tu te rappelles la date du jour, on est le premier avril, ah ces plaisantins de la radio !

 

 Ou tu cherches immédiatement quelque chose à faire, planter un clou, ouvrir une porte, dérisoires faux-fuyants qui ne parviennent que rarement à juguler le stress. La solution pour oublier : réparer une fuite. Car cela implique une succession d’actions qui mobilisent corps et esprit : aller au fond du jardin pour couper l’arrivée d’eau au compteur, se munir d’une clé de 24, redescendre plusieurs fois au garage ou à la remise pour chercher celle de 22 qui ne va pas non plus il fallait la 23. Tenter de desserrer un écrou bloqué par le calcaire et la rouille depuis la signature du pacte germano-soviétique. Enfin, téléphoner au plombier. En gros, tu risques d’être occupé, mieux : préoccupé pendant un bon moment et je ne compte pas les minutes, les heures quelquefois les jours d’attente avant l’arrivée de l’homme de la situation et ses conséquences, les traces de brodequins boueux dans le couloir, le changement des joints et du vieux système d’écoulement incompatibles avec le nouveau siphon, la crainte de la facture, puis la facture elle-même accompagnée de l’habituel et douloureux sentiment d’impuissance ?

 

 Cèdes-tu à la mélancolie ? La vie est bien triste, l’humanité te déçoit, tu avais tant espéré de tes frères humains, une larme une seule mais c’est déjà beaucoup scintille, glisse et s’épuise dans le creux d’une ride, quand tout à coup, dans un sursaut volitif qui peut parfois faire craindre le pire à ceux qui t’aiment, tu te dresses, le visage clair, les bras tendus le long du corps, les yeux mi-clos de ceux qui, par dessus les misères humaines distinguent les grands horizons, tu entonnes « Un bouleau s’élevait dans un champ » ?

 

 Rien de tout cela, non ! Dans un grand élan compassionnel tu t’adresses à la cantonade :

 

« et pourquoi donc refuser aux communistes le droit de qualifier une loi de liberticide ? »

 

et tu en rajoutes, même si tu n’en penses pas un mot, ça soulage :

 

« De tous temps, les communistes ont combattu pour la liberté, que dis-je les libertés, en particulier dans ces pays où les populations ivres d’enthousiasme les ont appelés au pouvoir, libertés de penser, de réunion, d’écrire, de composer, libertés syndicale, politique (en particulier le multipartisme auxquels ils étaient très attachés)… »

 

- Allez, vide ton sac …

 

- mais où allez-vous chercher tout ça ? Non, quand j’entends ces gens-là prononcer le mot, ce cher mot LIBERTE…

 

- oui ?

 

-          j’esquisse un sourire.

 

                                                                          §

 

 

(1) une cellule de prison (inspiré de « à 100 000 années des Lumières » sur nypour.blog4ever.com/)

 

(2) un montage où l’on voit un pitoyable président de la république présenter ses vœux aux français en avouant misérablement son incompétence. C’est dans un total respect de la légalité que ce reportage (d’une balourdise à la Marchais) a fini ses jours (et encore pas totalement sur la toile). En conséquence, le PC hurle à la censure. On imagine à Cuba, en Chine ou en Corée du nord, un faux président présenter de faux vœux à la télé et sur le net. On imagine seulement. Vérité en de ça, erreur au-delà.

 

(3) véridique, c’est d’Aragon, ce poète aujourd’hui tant loué sur toutes les radios.

 



14/01/2011
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