Mais... 68

Personne n'a fait mai 68. Ceux qui diront qu'ils ont fait mai 68 sont des héros et nous les en remercions.

 

 

 

Ces gens-là pour la plupart n'étaient pas nés. Fadela, Rachid, Malek n'étaient pas nés. Le nouveau président était encore un gamin. On a lutté contre tous les pouvoirs. Pas dans les livres, oh non, pas dans les livres, monsieur. Dans les rues. On nous qualifiait de gosses de riches, on nous traitait de chienlit, on disait qu'on était des juifs allemands. Alors on s'est levé, on a gonflé nos poitrines, on a crié 

 

« Nous sommes tous des juifs allemands ! »

 

Et les ouvriers, les jeunes, les immigrés étaient avec nous. On occupait les théâtres. On occupait les universités. On occupait les usines. On montait des barricades. Le vieux monde tremblait, monsieur. Et puis on a été des millions, et on luttait, on luttait.

 

 

Les heures passaient. Tout à coup le vent fraîchit. La montagne devint violette. C'était le soir.

Un souffle glacé balaya les rues.

Ce fut un hurlement dans la montagne « ouh, ououh »

« Reviens, reviens ! » sonnait le cor

Des sirènes, des bruits de bottes.

C'était le loup.

 

Toute la nuit elle s'est battue la Blanquette.

Toute la nuit debout vaillante jeunesse de partout.

La nuit dura un mois monsieur, un mois.

Quand le ciel s'éclaircit,

 

La petite chèvre redoubla de coups de cornes, le loup de coups de dents.

Elle se rappela la vieille Renaude,

Qui toute la nuit s'était battue contre le loup, et puis

Au petit matin, elle s'était allongée dans l'herbe Renaude.

 

Le cor ne sonnait plus. Les premiers rayons frappaient la montagne.

Elle aussi, la Blanquette, fière, avait revu le jour.

Elle glissa doucement dans l'herbe son manteau blanc tacheté de sang

Le loup se jeta sur elle et la mangea.

 

Des fous hurlants se précipitèrent sous l'Arc de Triomphe.

 

 Froid. Noir. Casqué. Ganté. Raide. Impassible. Il vient du fond des âges. Quand un premier dit « Ceci est à moi », il est déjà là.

 

 Le Pouvoir. Il est à l'intérieur de nous. Plus ou moins. Ceci serait sans gravité si le démon n'avait un complice tout naturel. L'appétit. Certains de nos tribuns de mai l'ont bien compris, ils sont architectes –de grands monuments de la République cela va sans dire-, diplomates, cadres ou dirigeants de partis de gauche très officiels, certains même, vous allez rire, habitent les quartiers très chics de Paris, quartiers qu'ils animaient quarante ans plus tôt en brûlant des voitures, en scandant « Tout est possible », en inscrivant sur les murs « Cours camarade, le vieux monde est derrière toi ». D'autres très provocateurs à l'époque et qui surfaient sur le flot révolutionnaire en vilipendant les médias ( Tous les soirs à 20 heures les CRS vous parlent !) fréquentent assidûment aujourd'hui les plateaux de télévision, animant des débats interminables aux heures de grande écoute, en compagnie des grands de ce monde.

 

 « L'histoire a-t-elle un sens ? » demandait le professeur de philosophie, « vous avez quatre heures ». Quatre heures ou quarante ans, quelle importance ? Le temps, les philosophes ne savent toujours pas ce que c'est.

 



17/05/2008
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