Jules Ferry ne voit rien de tout ça. Heureusement !

 

Pour venir à bout de ce fléau: l’absentéisme scolaire, on parle de rétribuer les enfants qui fréquentent assidûment l’école. Comme d’habitude, il y aura des mécontents, parmi les profs surtout, qui flairent par la même occasion un retour tonitruant des emmerdeurs. Car il faut bien l’avouer, l’absentéisme scolaire touche particulièrement la jeunesse « en mal de vivre » pour reprendre un vocabulaire à la mode avenue de la Pensée Unique (pour ceux qui n’ont pas le plan de Paris sous la main, c’est entre la rue de Solférino et la place du colonel Fabien). En clair : ceux qui ne vont pas à l’école sont les jeunes laissés à eux-mêmes après être arrivés sur terre par la grâce des Saintes Allocations Familiales.

 

 A propos d’allocations familiales, comme elles servent souvent à bien autre chose qu’à l’alimentation, l’habillement et surtout l’éducation des enfants, au lieu de rétribuer ceux qui viendraient à l’école pour n’y rien faire, on pourrait supprimer les allocs pour les parents démissionnaires, qui claquent leurs sous dans les écrans plats avec installation de home-cinéma ou le dernier 4x4 à la mode, mais ça… chuuuuuuuuut ! Interdit, les allocations familiales, c’est sacré, surtout à partir du troisième enfant. Regardez comme nos journalistes frétillent chaque fois qu’ils nous annoncent un nouveau record pour la natalité française. Ah il est beau l’avenir pour la jeunesse. Chômage, famille, patrie.

 

 Bon. Essayons d’être un peu positif. Essayons… La société traverse une crise telle que nos gouvernants ne savent pas où donner de la tête. Ils attrapent tout ce qui passe. Et chacun veut laisser son empreinte. Une réforme chasse l’autre. Et comme rien ne marche, on adopte un principe : la solution c’est le changement. Déclaration tonitruante sur les ondes. Pendant trois jours (j’exagère à peine) on espère, et puis tout rentre dans le désordre à nouveau. Quand à l’opposition, elle hurle, ça lui évite de parler.

 

 Et puis, de quelle école parle-t-on? Je connais des gens, pas loin d’ici, qui par respect pour l’école publique et la laïcité, y ont maintenu leurs propres enfants, contre vents et marées, de la maternelle à l’université. J’exagère, beaucoup n’ont pas atteint l’université. Quand à l’avenir de ces enfants-là, il n’est pas dans les administrations, encore moins au gouvernement.  Heureusement Jules Ferry ne voit rien de tout ça. Il dort le pauvre vieux, du sommeil du juste. Il a fait ce qu’il pouvait, et quoiqu’en disent nos éternels réformateurs qui aujourd’hui bousillent l’école, ils lui doivent beaucoup. Ils ont appris à lire, à écrire, à compter, à penser, eux. Ils n’allaient pas à l’école pour faire joujou, eux. Mais pour s’instruire. Et c’était bien l’objectif des vieux barbus de la troisième république : que les enfants du peuple aient le droit de savoir, le droit au savoir, condition pour qu’ils deviennent des citoyens à part entière.

 

 Alors quand j’entends qu’on projette de rétribuer les élèves assidus, cela ne provoque chez moi ni le rire ni les larmes. Plutôt la peur du lendemain. Car à force de ramer dans le sens du courant, on approche de la chute. Et au bout, tout au bout du laxisme, il peut y avoir un retour de bâton. De désœuvrement en découragement, la majorité longtemps silencieuse pourrait se laisser tenter par les extrêmes.

 

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14/10/2009
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