Jeu de mains

 

Voilà, c'était fait.

La télé était aux ordres.

Comme elle n'était pas en bonne main,

Il la voulait sous la sienne.

Alors, de main de maître, et sans y aller de main morte,

Après avoir minutieusement mis la dernière main sur la chose,

et profitant du fait qu'il l'avait,

la main,

Il la mit à la pâte

et fit main basse sur le pays.

« Arrêtez-le ! »

s'écrièrent les fidèles de Vertueuse Opposition,

« Jeu de mains, jeu de vilain! »

Et comme il restait imperturbable,

que de ces cris il se lavait les mains, on crut un moment

qu'ils allaient contre lui en venir aux dites,

en lever une sur lui.

« Bas les pattes ! » leur répond Léviathan, « êtres de peu de mémoire ! » 

 

 Alors chacun se mit à fouiller jusqu'aux recoins les plus obscurs de l'Histoire du pays (en réalité, ce pays n'existe pas et ses grands personnages ne ressemblent à personne). Pour quel résultat ? On en reste aux suppositions.

 L'opposition aurait, à une certaine époque, "ignoré" les amitiés de son président avec des gens peu recommandables. Elle aurait gardé le silence sur l'affaire dite des « micros », ce même président ayant espionné des personnalités du pays ou d'autres, étrangères. Elle n'aurait pas été plus bavarde quand chaque année il déposait des fleurs sur la tombe d'un agent de l'ennemi. En outre, le public n'aurait pas été informé des aimables relations diplomatiques et financières entretenues par ses représentants avec des chefs d'états peu scrupuleux qui, sur d'autres continents, maintenaient leurs peuples dans la misère. Bref, l'accès au pouvoir de l'opposition à l'époque n'aurait guère changé les habitudes, ni les rapports des gouvernants avec les médias, il serait donc mal venu aujourd'hui de lui jeter la première pierre.

 Mais en retrouvant la mémoire, de cris en chuchotements, on relativisa le diktat. L'opposition prit conscience du fait qu'elle existait, qu'elle était libre, qu'elle disposait de journaux, de journalistes, de chroniqueurs, de temps d'antenne, d'humoristes, d'imitateurs, de chanteurs, de comédiens, de footballeurs, de sites, de blogs, de partis, de syndicats et d'associations de toutes sortes, et surtout elle put se rendre compte que l'opération politique visant à mettre au pas les médias, avait suffisamment fait les choux gras des dits pour, à la fin des fins, faire chou blanc.

§

 



15/06/2008
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