Jetuile Nouvouselles (I)

 Si nos rues, nos pelouses, nos plages sont sales, parsemées de papiers, mégots, crachats, crottes de chiens, ne cherchez pas. Plutôt que d'embaucher du personnel de nettoyage, l'administration met nos impôts dans sa poche.

 

 Si la cour de nos écoles est devenue un lieu de perdition pour nos enfants, sans parler de la violence et des jeux dangereux, ne cherchez pas. Les crédits sont insuffisants pour l'emploi d'un personnel de surveillance qualifié.

 

 Si vous avez été dévalisé : argent, bijoux, téléphone, appareil photo, papiers d'identité, l'auteur du délit n'y est pour rien. Ne cherchez pas : faute en est à la Misère.

 

 Si les pop corns, les barres hyper-énergétiques et les sodas sucrés font fureur sur les étals des hypermarchés, ne cherchez pas. C'est la faute aux fabricants qui, par mille publicités, les déposent insidieusement dans le panier de la ménagère.

 

 Si la télévision présente tant d'émissions abêtissantes, ne cherchez pas. C'est à cause du manque d'imagination des réalisateurs et de l'incompétence des présentateurs.

 

 Si vous traversez un village à fond la caisse à l'heure de la sortie des écoles, ne cherchez pas. C'est que le moteur de votre automobile est trop puissant, que la pédale d'accélérateur est trop souple, que le panneau indiquant l'entrée en agglomération est dissimulé par des feuillages, et surtout, allez, avouez-le, que vous êtes un super conducteur, un pilote.

 

 Et si vous avez renversé un enfant en traversant un village à fond la caisse, ne cherchez pas non plus : il traversait en dehors du passage pour piétons… en courant !

 

 Si votre enfant a été renversé à la sortie de l'école, ce n'est pas parce qu'il n'était pas accompagné alors qu'il n'a que six ans, ce n'est pas non plus parce qu'on ne lui a pas appris à traverser une rue après le signal de l'appariteur ou l'éclairage du bonhomme vert, non, ne cherchez pas. C'est l'automobiliste qui roulait trop vite.

 

 Si votre enfant ne sait toujours pas lire à onze ans, la faute en revient ni à la méthode de lecture, ni à l'institutrice, ni au système d'éducation en général. Ceux qui affirment qu'il n'y a pas si longtemps on apprenait à lire à six ans ont oublié un détail : c'était au siècle dernier, quand la langue en était à ses balbutiements, sujet, verbe et parfois…complément. Non, ne cherchez pas. La langue française s'est beaucoup enrichie ces dernières années, regardez l'épaisseur du Larousse, écoutez nos présentateurs télé, lisez les messages sur internet , les SMS sur les portables : comment voulez-vous transmettre toutes ces richesses à un bambin de six ans ?

 

 Si les magazines pipole font recette, ce n'est certes pas par voyeurisme ni par goût du sensationnel. Non, ne cherchez pas. C'est à la suite d'une méprise. En traversant le rayon presse, à la fin des courses, les enfants chahutent dans le caddie, risquant d'écraser les tomates, vous allongez le bras pour attraper le Monde de l'Education et dans la bousculade, c'est Gala qui tombe dans le chariot.

 

 Et puis, ces magazines pipole, s'ils font recette, c'est aussi à cause des paparazzi. Ils vont piéger les stars jusque dans leur intimité. Et ces dernières en souffrent, car elles craignent la popularité. On va même jusqu'à leur proposer de l'argent pour un cliché, une publicité, un interview, toutes sollicitations qu'elles refusent formellement.

 

 Si les sommets de l'Himalaya et les océans sont encombrés de détritus, la faute n'en revient pas à nos sportifs de l'extrême et autres navigateurs de l'impossible, non. Ne cherchez pas. Les vents les ont emportés là il y a fort longtemps, on parle du néolithique, quand l'homme n'avait aucune conscience écologique. On sait que le plastique ne pourrit pas.

 

 Si l'alcoolisme reste un fléau, ne cherchez pas. C'est la faute aux vignerons, aux distilleries, aux hypermarchés qui placent les bouteilles sur les tapis roulants. Et ces étrangers qui nous inondent de whisky et de bière, n'y sont-ils pour rien ?

 

 Si la cigarette ravage la sécurité sociale, ne cherchez pas. C'est à cause des bureaux de tabac.

 

 Si les prédicateurs, les voyants, les horoscopes, les faiseurs de miracles, les maîtres à penser, les fanatismes, les chefs religieux, les chefs de guerre et les chefs tout court ont tant de succès, ne cherchez pas, nous n'y sommes pour rien. C'est seulement dans les livres.

 

 

 Bref, en ce monde, tout le monde est responsable, sauf nous. Nous, les gens.

 

 Nous ne jetons jamais de papiers par terre, nous n'avons pas d'animaux domestiques, nous ne fumons pas, nous ne crachons pas.

 A l'école, nos enfants sont sages comme des images, ils ne se battent pas, et ne seront jamais au grand jamais tentés par la drogue.

 Nous ne volons pas, même quand nous sommes dans le besoin.

 Nous ne passons pas des heures devant le poste à boulotter des pop corns et des chips, car la starac et les jeux débiles ne nous intéressent nullement, tout cela est trop avilissant. 

 Au volant, nous respectons les limitations de vitesse, surtout en agglomération.

 Nous accompagnons nos petits enfants à l'école ou les faisons accompagner. Dès leur plus jeune âge, nous leur apprenons à traverser une rue.

 Nos méthodes d'apprentissage de la lecture certes perfectibles, sont déjà très performantes, nos enseignants compétents, les parents soucieux du suivi scolaire de leurs enfants.

 Nous ne lisons jamais les magazines pipole, même par erreur.

 Nous sommes républicains jusqu'au fond de l'âme et laissons les grands de ce monde, stars, rois, reines et autres célébrités là où elles sont : dans l'ombre.

 Si un jour, explorateurs de l'impossible par moins cinquante degrés au sommet du K2, ou navigateur solitaire dans les quarantième rugissants un jour de tempête, nous tenons dans la main une boîte de conserve vide, dans l'autre une bouteille en plastique, nous les plaçons délicatement dans un sac poubelle en vue de déposer celui-ci dès notre retour, six mois après, sur le trottoir le lundi ou le jeudi matin avant le passage des éboueurs.

 Nous ne fumons ni ne buvons pour une raison simple : nous sommes chargés de famille, soucieux de notre santé et de celle de nos enfants.

 Un coup d'œil en arrière sur les siècles passés, ces temps obscurs où la crédulité humaine autorisait mensonges, abus de pouvoir, tyrannies, intolérance, bûchers et tortures, un sourire éclaire notre visage. Compassion ? Peut-être. Celle de gens éclairés qui n'accordent plus leur confiance qu'à la raison humaine.

 

 

§



28/10/2008
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