Hommage à Vaclav Havel !

 

 

 

 Coïncidence troublante. Le lendemain du décès d’un homme admirable, combattant inlassable pour la liberté et la démocratie, voilà qu’un tyran de la pire espèce vient à mourir. Il paraît qu’un peuple le pleure. Comédie. Propagande. Pauvres gens privés de tout, des libertés bien sûr, mais d’un bien être minimum, qui se cachent pour savoir, et qui savent surtout, car l’état totalitaire les y oblige : faire semblant.


 Les tchèques eux ne font pas semblant. Ils pleurent la disparition d’un homme courageux qui a osé, dans les pires conditions, mettre en cause l’ordre imposé. Un combat qu’il n’a cessé de perdre, car en ces temps les résistants étaient bien seuls. D’ailleurs en France aussi, ceux qui ne cachaient pas leur joie de voir le peuple tchèque connaître enfin le printemps étaient regardés avec méfiance. Mais pourquoi donc ? Parce que c’était s'accorder le droit de regard sur le système communiste, mettre en doute les vérités assénées tous les matins à la une de l’Humanité, mettre en cause la sainte union de la gauche. Les religieux ont un mot pour désigner cet écart, outrage au dogme : blasphème.

 

 Ce combat pour la démocratie Vaclav Havel n’a cessé de le perdre, jusqu’au jour où les initiateurs de la Charte 77 – un manifeste pour le respect des droits de l’homme - trouvèrent un écho suffisant dans le pays pour provoquer l’implosion du système, un système qui ne s’appuyait sur rien d’autre que le mensonge, la violence, et la menace des chars soviétiques.

 

 Nous étions à Prague quand le misérable Husak envoyé de Moscou faisait régner l’ordre. Il nous fut impossible de rester même un court instant au centre de la place Jan Hus (1), à l’endroit mémorable où Jan Palach s’était immolé le 16 janvier 1969. Sacrifice symbolique d’un jeune homme ivre de liberté quand toutes les questions, les demandes de réforme restent sans réponse. Des policiers en civil étaient partout, mais vite identifiables car les gens ordinaires eux ne flânaient pas, ils allaient à leurs occupations.

 

 La démocratie, les Tchèques et les Slovaques la doivent à eux-mêmes, certes, et aussi à Vaclav Havel et à ces intellectuels, ces artistes, ces travailleurs qui affrontèrent la force aveugle du grand frère soviétique en août 1968, la démocratie ils la doivent aussi à Alexandre Dubcek ce diplomate courageux qui tenta l’impossible pour faire fléchir les gardiens du régime.

 

 Avec la mort de cet homme une page se tourne. Le printemps de Prague restera dans les mémoires, ce fut un rayon de soleil qui éclaira un court instant le monde. Un rayon de soleil aussi dans ma vie. J’ai cru qu’on allait en finir avec le mensonge, qu’une société enfin humaine allait voir le jour.

 

 Combien d’années a-t-il fallu, combien de victimes, de désespoir et de souffrance pour qu’enfin la bête immonde rende l’âme ! Combien de mensonges a-t-il fallu supporter, mais surtout le silence, ce silence coupable qu’on vous intimait de respecter en vous laissant croire que le communisme était une chance pour le monde du travail, que bon gré mal gré, au-delà des procès truqués, des aveux extorqués, des camps et des hôpitaux psychiatriques, quelque chose de nouveau s’édifiait, qu’il fallait laisser le temps au temps. Ces gens-là sont muets aujourd’hui, ou ils ont perdu la mémoire, ou ils ont d’autres chats à fouetter, ou d’autres ambitions. Ce sont des petits, des tout petits. Je les méprise.

 

 Hus, Palach, Havel. Des hommes. Des grands hommes. De ceux qui font l’histoire. 

 

 

 

 

(1) Jan Hus, recteur de l’université de Prague était un théologien réformateur, qui n’hésita pas à  critiquer le dogme catholique. Il fut excommunié, condamné pour hérésie, brûlé vif en 1415. Pour le peuple tchèque, il est un symbole, celui de la résistance à l’oppression.

 

 

 

 

 

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31/12/2011
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