Cérémonie oecuménique

 

  La force de persuasion de l’Eglise ne vient pas de ce qu’elle dit, mais du moment où elle le dit. Et le meilleur moment, celui où le message religieux est écouté, où l’observation du dogme devient inévitable, c’est le moment où l’émotion est la plus intense.

 

 Révolte, accablement, tristesse, paroles de réconfort, rassemblements silencieux, manifestations de solidarité avec les familles des victimes, il y a beaucoup d’humanité dans ce monde, cela fait chaud au cœur.

 

 Sous les voûtes monumentales du temple, des familles sont accablées par la douleur. Alors, dans le recueillement seulement accompagné des longues plaintes de la musique sacrée, parents, enfants, amis attendent les paroles consolatrices du représentant de la Puissance divine. Chaudes paroles empreintes de respect, d’attention, où la vie du défunt est rappelée avec application, et précaution aussi, les défunts sont toujours de braves gens.

 

 Ne soyons pas méchants. Surtout dans ces moments-là. Il nous est accordé la liberté de faire célébrer notre disparition selon le rite de notre choix. Ou sans rite du tout. Et c’est précisément là que je voudrais en venir. 

 

 L’importance du drame, le chagrin des familles ne doit pas nous empêcher de réfléchir et de nous demander :

 

1/ Pourquoi la cérémonie fut religieuse ;

2/ Pourquoi elle fut célébrée dans une cathédrale, selon le rite catholique ;

 

 Remarquons d’abord que les cérémonies religieuses d’importance présentées comme œcuméniques sont toujours célébrées dans des lieux de culte catholiques selon le rite du même nom, sans oublier le traditionnel message du pape. Si toutes les familles concernées se reconnaissent dans cette confession, je retire tout ce qui va suivre. Mais je doute. Je sais cette religion majoritaire dans le pays. ELLE NE FAIT DONC PAS L’UNANIMITE.

 

 Par ailleurs où, quand et comment rend-on hommage aux familles qui ne sont ni chrétiennes, ni musulmanes ni juives ? Les personnes qui ne sont pas croyantes ont-elles droit à un hommage ?

 

Qu’on ne me dise pas (comme dans un commentaire sur Orange il y a quelques mois) que :

 

« chacune de ces familles si dramatiquement éplorées A TOUTE LIBERTE DE prendre part, ou non, à la célébration religieuse » (souligné par moi)

 

Sans vouloir le jeu de mots, je mets la formule sur le compte de la plus mauvaise foi. Imaginez-vous possible pour des personnes ayant vécu un tel drame, alors que tous les regards, les micros, les caméras sont dirigés sur elles, d’imposer que leurs proches reçoivent un hommage séparé, simplement parce que leur confession, leur conception du monde n’est pas la même ? Il m’est déjà difficile de ne pas entrer dans un temple ou une église à l’occasion des funérailles d’un ami… rester seul sur le parvis… il y a le café en face, ce n’est pas le lieu ni le moment… attendre bêtement dans la voiture puis… à l’issue de la cérémonie… affronter les questions et vous trouver incapable d’y répondre parce que vous êtes accablé d’une double peine : du chagrin, ça oui, vous en avez. Mais les autres ont du mal à y croire.

 

 On aurait donc « toute liberté de… » ?  Oh merci, religieux de toutes confessions de laisser aux mécréants encore un espace de liberté !

 

 On m’avait dit aussi :

 

« De quoi vous mêlez-vous? Que vous le vouliez ou non, les racines de notre chère terre de France sont chrétiennes »

 

 Je reste ébaubi. On peut toujours critiquer les régimes totalitaires où la pensée unique fait la loi. Ces gens-là ici, heureusement, ne sont pas au pouvoir ! Quand aux racines, on peut leur faire dire beaucoup de choses. On peut dire aussi qu’elles sont féodales, quand elles toléraient le servage ici, l’esclavage là-bas. Du point de vue purement religieux, on peut leur attribuer la tradition des bûchers, des tourments, de la Question, de l’intolérance sous toutes ses formes, de la chasse aux Cathares, aux sorcières, aux humanistes, aux scientifiques, ici. On peut leur attribuer l’accompagnement missionnaire de la colonisation des peuples, là-bas. On peut, ici, attribuer aux racines de notre chère terre de France la soumission de la femme, la guerre aux protestants, la rouelle pour les juifs et bien d’autres traditions peu réjouissantes.

 

 Où est-elle cette république laïque, flambeau de l’exception française, une république qui avait promis de respecter tous les cultes, à condition qu’ils n’empiètent pas sur le domaine public ? Une république dont le président va faire des courbettes au pape ? Une république où les présidents, les membres des gouvernements de gauche et de droite assistent –dans le cadre de leurs fonctions- à des cérémonies religieuses ? Une république qui introduit peu à peu et subrepticement l’enseignement religieux à l’école publique ? Tiens, au fait, à quand dans les écoles l’enseignement de l’athéisme ? Non, je plaisante, le développement chez nos enfants de l’exercice libre de la pensée serait déjà un énorme progrès.

 

 Pour finir, et pour répondre par avance à ceux qui m’accuseraient d’intolérance ou d’anticléricalisme primaire, j’ai du respect pour les personnes croyantes et pratiquantes, quand elles le font sincèrement, sans chercher à influencer les autres.

 

§

 

 

 

 

 

 



04/06/2009
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