Celui qui ne dit jamais oui

 
 
 
 Vous avez beau l’interroger sous tous les angles, vous aurez droit à une liste de réponses possibles, assez diverses d’ailleurs parfois même originales. Je passe sur les : « Bah non », « Je ne sais pas », « Certainement pas », pour en arriver au carrément « Non ». Le personnage peut entrer aussi dans de grandes explications. Il faut que vous sachiez une chose : c’est un véritable tour de force de ne jamais acquiescer, approuver ni même consentir. C’est pourquoi même à des questions toutes bêtes qui appellent l’évidence, on trouve le moyen de vous opposer un « ça dépend… ». Je suis à quelques centimètres du personnage, pour tenter d’exister, toutes les questions possibles défilent dans mon esprit, et je me prends à rêver de l’entendre me répondre : 
 
« Mais oui, oui oui oui mon ami, vous avez parfaitement raison, mieux encore je n’y avais pas pensé ! Quelle chance ai-je eu d’être venu vous voir, ah ça, oui vraiment ! » 
 
 Mais ce n’est qu’un rêve car en réalité mon interlocuteur manipule à loisir les tournures de la langue pour me mettre sur la brèche, me faire sentir que mes propos ne sont pas réfléchis, que je parle de ce que je ne connais pas. Les psychologues diront peut-être que cela traduit chez lui un manque d’assurance, un besoin de s’affirmer, d’être tout simplement. 
 
 Curieusement s’il ne dit jamais oui, je remarque que le personnage est doté d’une autre faculté, celle de ne jamais s’interroger. Il ignore le point d’interrogation. Chez lui qui pourtant ne vous dit jamais oui, tout est affirmation, assurance, certitude. Je lui accorderai qu’en privé sûrement il lui arrive de s’interroger, après tout c’est le propre de l’homme de se poser des questions. Mais en société, rigide comme un bloc, il ne laisse aucune prise à ses contemporains, pas d’aspérité, pas la moindre petite faiblesse qui pourrait le changer et faire de lui un être fragile, mortel. 
 
 Il m’arrive de l’envier moi qui ne dort pas la nuit, toujours inquiet de ce qui se passera demain. Mais peut-être me trompé-je et qu’en réalité il est un grand nerveux qui souffre d’un handicap grave et si c’est de cela qu’il s’agit, alors c’est la société qui est malade. Car ils sont nombreux ces gens sûrs d’eux-mêmes, devant lesquels je suis comme une potiche, incapable de proférer un mot qui sonne, un mot qui pèse, un mot qui provoque un bon vieux « Ouais ! », un mot qui appelle un sourire ou mieux… mais là j’espère : un silence complice.
 
 Je me trouvais donc à la sortie du magasin, de bonne humeur j’adressais à la caissière quelques mots aimables « On a eu bien de la chance ce week-end, car demain ils annoncent de la pluie… » pour m’entendre répondre « Non demain il fera beau, c’est après-demain que ça se couvre ! »
 
 
§
 
 
Résumé : 
 
1/ C’est difficile d’approuver. 
2/ Comme j’aimerais qu’on m’approuve !  
3/ Qui n’approuve pas ne s’interroge pas nécessairement.
4/ Je suis comme une potiche.
5/ Ultime tentative dans un dialogue avec la caissière, sans succès.
 
 
§
 
 
 
 


06/11/2017
0 Poster un commentaire
Ces blogs de Politique & Société pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 6 autres membres