Camarades révolutionnaires !

 

n

no

non

nooon

non na !

non, mais

non de non

nom de dieu

non  nein niet

non à l’Europe

non au nucléaire

non aux tests ADN

non aux expulsions

non au déficit public

non à la taxe carbone

non aux privatisations

non aux licenciements

non au tout sécuritaire

non aux délits d’initiés

non aux discriminations

non aux plans de relance

non au service minimum

non aux parachutes dorés

non au traité de Lisbonne

non aux inégalités sociales

non au dopage dans le sport

non aux magnats de la presse

non aux suppressions de postes

non aux caméras de surveillance

non à la baisse du pouvoir d’achat

non à la privatisation des universités

non aux délocalisations des entreprises

non au démantèlement des services publics

non au non remboursement des médicaments

non aux directives de la commission européenne

non au rejet de gaz toxiques à proximité des écoles

non à l’installation des éoliennes dans nos campagnes

non à la suppression programmée des hôpitaux de proximité

non à la suppression de la taxe professionnelle utile à nos communes

non à l’armée

non à la guerre

non à la disparition des casernes dans nos provinces

non au chômage technique et aux licenciements dans nos usines d’armement

 

 

 

 Femmes et hommes politiques d’opposition ! Comment voulez-vous qu’on vous croie sur parole ? Vous ne savez dire qu’un mot : « NON ».

 

 Jean Amadou un jour m’avait fait rire. Il suivait chaque année le Tour de France, il était amusé par l’omniprésence des manifestations contre ceci, contre cela au bord des routes. On peut comprendre cette façon d’exposer des revendications, sachant que les caméras de télé sont là pour les faire connaître à un nombreux public. Non au passage du TGV, non à l’autoroute, non à la baisse du prix du lait, etc. Un jour –c’est Amadou qui rapporte- sur une banderole je n’ai vu qu’un mot : « NON ».

 

 Certes il y a des refus nécessaires. Bien que certains, criés et brandis sur calicots un jour et son lendemain par les mêmes personnes… ne soient pas toujours conciliables. Mais s’il n’y a que des refus, les gens se lassent et ne voient pas le bout du tunnel. Y a-t-il seulement de la lumière au bout du tunnel ? Une perspective, un projet ? Allez, soyons fou : une vision du monde ?

 

 Ah je pense à ces grands penseurs du siècle d’avant, ces Proudhon, ces Saint-Simon, ces Fourier, en voilà des philosophes, que dis-je des militants qui voyaient plus loin que le bout de leur non. Tenez, j’ai visité avec grand plaisir ce Familistère, à Guise imaginé, conçu et finalement –et c’est cela le plus important- construit à l’initiative de Godin, le fabricant de poêles et cuisinières à charbon.

 

 D’abord, Jean-Baptiste André Godin est le fils d’un artisan serrurier en Thiérache. Il quitte l’école à onze ans pour aider son père à l’atelier. A 18 ans, compagnon du devoir, il fait le tour de la France, au cours duquel il est confronté aux injustices sociales, à la misère de l’ouvrier. Ses compétences techniques lui permettent à son retour de fonder sa propre entreprise. Socialiste, il s’enthousiasme pour la révolution de 1848 et pour les thèses de Charles Fourier. Menacé par le nouveau pouvoir, jalousé par les industriels concurrents qui voient en lui un empêcheur d’exploiter en rond, il s’expatrie quelque temps en Belgique. Quand il revient à Guise, grâce au succès de ses inventions (le poêle en fonte, puis en fonte émaillée) et à son génie industriel, son entreprise va connaître un double développement. Elle passe de 1857 à 1880 de 300 à 1500 salariés. En même temps, et c’est là sa grande idée, il édifie le « Palais social ». Plutôt que de jeter l’anathème sur la société capitaliste impitoyable du XIX° siècle, en quelques années il réussit à créer une société dans laquelle ouvriers et ouvrières avaient leur place. Leur école, leur théâtre, leur coopérative, leurs lieux de loisirs, et surtout un toit, appartements spacieux pour familles avec ou sans enfants, salle de bains, oui, rare au XIX° siècle ! Voici comment J.B.A. Godin présentait son projet :

 

« Le Palais Social n’est pas seulement un meilleur abri que la maison isolée de l’ouvrier, il est l’instrument de bien-être, de dignité individuelle et de progrès.

 Et c’est précisément parce qu’il donne tout d’abord satisfaction au plein développement de la vie physique qu’il ouvre pour le peuple de nouveaux horizons à la vie morale ; s’il en était autrement, il manquerait son but. Nous devons trouver au Palais Social tout ce qui est nécessaire à la vie, et tout ce qui peut, en la rendant agréable, concourir à son progrès. »

(Solutions sociales)

 

Au Familistère, ajoutait-il 1500 personnes pourraient vivre, se rencontrer, s’approvisionner, vaquer à leurs occupations « sans avoir jamais plus de 160 mètres à parcourir ». N’était-ce pas là une prison dorée pour l’ouvrier ? Au cours de la visite, l’idée m’avait mis mal à l’aise. Un regard sur ces immeubles de plusieurs étages, certes une immense verrière permettait aux enfants de s’amuser à l’abri, de grandes fenêtres éclairaient les pièces, mais quand même, ces immenses bâtiments en briques sont un peu tristes. Bon, essayons de mieux comprendre l’homme et son projet. A la question inévitable :

 

-         C’est bien tout ça, mais ce monsieur… patron de l’usine, ce monsieur Godin, était-il lui aussi confiné dans un trois pièces de l’immeuble ?

 

La conférencière nous dirigea vers un logement absolument semblable aux autres, à un détail près, il ne comportait que deux pièces… car M. Godin n’avait pas d’enfant. Que nos socialistes d’aujourd’hui en prennent de la graine. Oui, on peut aimer les intellectuels quand ils en viennent aux mains, dans le bon sens du terme, quand ils mettent leurs idées en application, et qu’ils s’impliquent eux-mêmes dans leur entreprise. J.B.A. Godin était tout sauf un utopiste. Un homme d’action. Le Familistère vécut environ un siècle, on pourrait même dire « survécut ». Car voilà, cette idée de rendre la vie facile aux ouvriers ne plaisait pas à tout le monde. Une vie épanouie commençant par l’instruction et l’éducation des enfants, l’école fut placée au centre de la cité. Ce qui n’a pas eu l’heur de plaire à notre Sainte Mère l’Eglise, habituée à trôner au centre des villages. Quand à la coopérative qui distribuait les biens de consommation à des prix sans concurrence car sans en tirer de bénéfices, elle était mal vue des commerçants de la ville. Et puis, considérer les gens du peuple comme des hommes et des femmes à part entière n’était pas dans l’air du temps. Je crois qu’Owen en Ecosse a tenté la même expérience, mais sans succès.

 

 Je les entends d’ici les critiques, je vois les ricanements. Fourier, Godin, c’est du pipo, d’ailleurs votre maître à tous a rangé une fois pour toutes les socialistes de son siècle au chapitre de l’Utopie. Les plus méchants diront : paternalisme. Les plus avertis oseront même avancer que ce Monsieur Godin et son « Palais social » étaient le ballon d’oxygène qui, de temps à autre permet au capitalisme de survivre.

 

 Le marxisme, par contre, c’est du solide, du costaud. La pauvre petite ville de Guise en Thiérache paraît bien ridicule comparée aux vastes espaces où s’édifia par la suite le socialisme réel. A la réflexion, on peut se demander si le contraire n’aurait pas été préférable. Des barbelés autour de l’hôpital psychiatrique, à Guise, et les vastes espaces, Russie, Chine, pays de l’est où les idées généreuses de nos socialistes utopistes auraient pu tenter de rendre à des millions de gens une vie heureuse.

 

 Camarades révolutionnaires, un beau jour serez-vous capables d’émettre un avis positif sur quelque chose ? De dresser un tableau de la société de vos rêves ? Soyons modestes : de nous donner une idée de ce qu’elle sera ?

 

 Je pose ces questions pour deux raisons :

 

1/ Chaque fois que vous direz non à quelque chose, votre refus sera mis en perspective, dans l’attente d’une alternative devenue crédible.

 

2/ Nous saurons où vous voulez en venir, ayant une idée de la société future AVANT son instauration, principe de précaution oblige.

 

 

§

 

 



26/11/2009
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