C'est vieux tout ça

 

 

 Le 17 juillet 1942 après une rafle nocturne, 8160 français identifiés comme juifs furent enfermées dans l’enceinte du vélodrome d’hiver, à Paris. Ils devaient ensuite être déportés dans des camps d’extermination. Triste mois de juillet qui voit chaque année quelques centaines de français, et pas seulement des enfants et petits enfants des victimes, se rassembler pour ne pas oublier.

 

-         Non mais, ils ne vont pas encore nous pomper l’air avec la Shoah, on a dépassé les soixante commémorations de la libération du camp de... comment déjà ? En plus, c’est en Pologne. Ce serait en France, encore ! Je te parie que ça va tomber le jour de la finale. Bon je suis d’accord, il faut foutre la paix à ces gens-là, ils ont perdu de la famille par là-bas pendant la guerre. Mais quel âge ils auraient s’ils étaient encore vivants ? On ne va pas pleurer indéfiniment des gugusses qu’on n’a même pas connus ! Il faut arrêter de se lamenter sur le passé, regarder un peu devant nous, et penser à nos enfants. On a suffisamment de problèmes comme ça, les impôts, le prix du baril, le PSG en deuxième division… Je t’en ressers un petit ?

 

-         Ouais, c’est vieux tout ça ! Tiens, c’est comme les gens qui fêtent encore Noël, ça fait deux mille ans que ça dure et ce n’était pas en France non plus!

 

-         Ah non mais ça c’est pas pareil. On ne peut pas comparer. Bon qu’on y croit ou qu’on n’y croit pas, c’est quand même la naissance du Christ, en plus il en est mort. Et puis, c’est l’occasion de se retrouver en famille…

 

-         … et de boire un bon coup. Tiens, ressers m’en un petit !

 

 Brève de comptoir ? Pas sûr. (1) Ces réflexions on peut les entendre au bureau, en réunion de famille, au cours d’une assemblée syndicale ou politique, et même, mais je vais me faire étriper, tant pis je me lance : sur certains bancs de la gauche. Là, il n’est pas question d’en reprendre un petit (quoique), ni de comparer avec la fête de Noël (quoique). Non, un raisonnement simple (je raccourcis mais en gros on y est) : Israël mène une guerre illégitime contre les Palestiniens (on compare même parfois la situation imposée à Gaza à celle des déportés à Auschwitz !)  en profitant du statut de victime qui a été décerné aux juifs suite au génocide. Alors pourquoi commémorer les années de souffrance d’un peuple si celui-ci en tire profit pour en faire souffrir un autre ?

 

 Franchement, il serait malvenu de prendre parti pour un camp ou pour l’autre, moi qui vis tranquillement dans un village qui n’est jamais sillonné par des chars, dans lequel je peux circuler librement sans subir des contrôles d’identité intempestifs, dans un village qui n’est pas pilonné au hasard par des roquettes, et dans lequel pour se rendre à l’école les enfants prennent l’autobus sans inquiétude. Le problème n’est pas là. Il est plutôt dans la confusion entre deux choses : l’état d’Israël d’une part, et les gens qui se reconnaissent (ou qui sont identifiés) comme juifs d’autre part.

 

 Est-ce qu’on va rayer le 14 juillet du calendrier sous prétexte que la République française a colonisé la moitié du continent africain ? Les Français sont-ils responsables des massacres perpétrés par des militaires français en Algérie ?

 

 Va-t-on mettre les Palestiniens à l’index sous prétexte qu’une minorité d’entre eux ne reconnaît pas la légitimité de l’état d’Israël et terrorise ses habitants avec des pelles mécaniques, en piégeant des véhicules ou en tirant au mortier sur des quartiers d’habitations ?

 

 Il n’y a pas si longtemps les Allemands étaient encore des « boches ». Curieusement, ce n’était pas toujours ceux qui avaient le plus souffert de l’occupation allemande qui tenaient ce langage. C’est tellement plaisant de mettre tout le monde dans le même sac, surtout quand on a un petit coup dans le nez, et… qu’il s’agit des autres !

 

 Des monstruosités, guerres, déportations, massacres, génocides, je ne vois aucun peuple responsable. D’abord, est-ce que ça existe, un peuple ? Les gens sont tellement différents. Et curieusement, on peut se sentir plus proche d’une personne étrangère que d’un voisin de palier. Et mieux s’entendre avec le voisin de palier d’origine étrangère qu’avec un cousin proche. Sauf à raisonner en terme de faciès ou de couleur de peau, et prétendre que six millions de personnes, hommes, femmes et enfants constituent un peuple, et menacent la pureté de la race et l’avenir de la nation. C’est pourquoi, le 16 avril, sont rappelés à la tribune du parlement israélien les noms des victimes de la barbarie nazie. Le nom de cette cérémonie : « Tout homme a un nom ».

 

 En France, en inaugurant en 2005 le Mémorial de la Shoah, Simone Veil tint ce discours devant le Mur des noms : « Ainsi, chaque passant ou visiteur doit comprendre qu’en exterminant les Juifs, c’est l’Humanité tout entière qui a été assassinée à Auschwitz, Maidanek, Belzec, Buchenwald, Treblinka ou Sobibor. »

 

 La Catastrophe qui a frappé tant d’innocents concerne tous les membres de la communauté humaine. Elle doit être commémorée, chaque année, sans retenue. Maintenons vivante la mémoire, par respect pour ceux qui ont souffert, mais aussi pour l’éducation de nos enfants.

 

 

§

 

 

(1)     Il n’était pas fou cet homme politique qui parlait d’un « détail de l’histoire » : ne disait-il pas ce que pensent beaucoup d’électeurs ? Mais chut ! On ne mange pas de ce pain-là clameront-ils, offusqués.

 

 

 



02/08/2008
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