Est-il en notre temps rien de plus odieux...

De plus désespérant que de n' pas croire en Dieu (1) ?

 

 Faudra-t-il qu’un jour on s’excuse de ne pas croire ? Reste-t-il dans notre société encore une petite toute petite place pour les incroyants ? Je dirai même plus : une petite place pour ceux qui ne savent pas, pour ceux qui doutent ? Alors que la religion est partout, pénètre partout, s’insinue dans tous les recoins de l’espace public, que les fidèles s’arrogent tous les droits, sur leurs proches d’abord, voilent les femmes et leurs filles, installent ici ou là des petits avant-goût de charia, se voient accorder des reportages jusqu’à plus soif sur les télés et les radios, ramadans, pèlerinages, prières, nous habituant peu à peu dans les rues et magasins au port de la barbe sur des visages fermés, au camouflage de tout ce qui pourrait évoquer une présence humaine, voilà qu’ils déterminent ce que nos propres enfants doivent manger, et quand en Orient des innocents sont massacrés sur fond de lecture d’un verset du coran, les médias de chez nous, ébaubis, offusqués, effarouchés, s’empressent de voler au secours de qui ? des musulmans d’ici, comme s’ils étaient les victimes, montrant et démontrant, aidés d’une légion de consultants, de philosophes, de sociologues et d’intellectuels compatissants, que l’islam ce n’est pas cela, que l’islam est une religion de paix et d’amour.

 

Et nous dans tout ça ?

Tant que les enfants ont la santé, que la famille n’est pas touchée, que la météo est clémente et qu’on arrive en gros à boucler les fins de mois, tant que dans un rayon de cent mètres autour du foyer la moitié de l’humanité n’est pas voilée et que l’appel de l’imam n’atteint pas nos oreilles, on fait les morts. Avec des variantes. Il y a les morts, mais alors indécrottables, ceux qui ne voient et ne verront jamais rien même si on leur plantait des yeux devant et derrière, cent yeux comme ceux d’Argus, mais pour eux ce serait peine perdue, car chez les humains que nous sommes, ce ne sont pas les yeux qui voient, mais le cerveau. 

D’autres, plus alertes ont vu, ils sentent que quelque chose se passe parce qu’ils ont été confrontés au problème –j’allais dire religieux mais en fait non, plutôt politique vu l’extension du phénomène dans tous les champs sociaux- et ont dû réfléchir, prendre une décision parfois courageuse, le plus souvent en forme de compromis. C’est le cas des policiers, 

bon madame, ça va pour cette fois, mais pour conduire votre tenue ne convient pas, elle risque de vous faire commettre des imprudences

C’est le cas des enseignants qui pour avoir la paix dans certaines académies, doivent admettre que bien qu’elles aient commis ici ou là et parfois des erreurs, les religions et surtout l’une d’entre elles sont des parangons de vertu. Et de visiter avec des classes et des classes d’élèves mosquées et Institut du monde arabe. C’est le cas des politiques et des législateurs qui ne cessent de tourner autour du pot, qui font semblant d’agir et n’agissent pas, qui brandissent haut le drapeau de la république laïque pour mieux cacher leur impuissance. 

D’autres me feraient rire si la situation n’était aussi grave. Ce sont les pires, en haut de la courbe de la pusillanimité, en un mot les faux-culs. Qui se donnent des airs, modèles de tolérance avec l’esprit tellement ouvert qu’il attrape tout ce qui passe, à commencer par la bêtise et l’obscurantisme pourvu qu’ils viennent d’ailleurs. Vous avez deviné, ce sont nos bourgeois de gauche, nos bobos bien installés chez nous, exclusivement dans les quartiers calmes. 

Oh, comme cette jeune fille porte bien le foulard, mais où vont-elles chercher ces tissus aux couleurs chatoyantes ? 

Ces nounours qui pendant des années ont joué la carte du féminisme, hurlant sur leur conjoint mâle s’il ne prenait pas sa part dans les corvées du ménage, feignent d’ignorer aujourd’hui la situation difficile qui est celle des filles et des femmes dans nos banlieues -et au-delà car le fléau gagne les provinces-. Attitude insupportable, mélange de duplicité et de veulerie, car ces femmes-là ont fait des études, savent à quel prix, après des siècles de lutte, l’esprit démocratique a pris l’avantage sur l’obscurantisme. Mais voilà que ce dernier revient sous une forme nouvelle, sûr de lui, habile et fin politique, alternant le chaud et le froid, avançant à petit pas, cajolant ou menaçant. Résultat, dès qu’on ouvre un œil on prend conscience du danger, la trouille nous gagne, on sent que la cause est perdue, on s’en invente une autre, pépère tranquille, genre vivre ensemble nos différences culturelles. Et c’est ainsi mesdames et messieurs que le fascisme s’installe. 

Il y a pourtant des personnes courageuses, philosophes, politiques ou gens de tous les jours, mais on ne les entend pas ou si peu. Il arrive même qu’on s’en moque ou mieux, qu’on les fasse passer pour des survivants d’un autre âge, des nostalgiques du passé, des républicains rigides, des « laïcards », et même des individus animés par des sentiments racistes et xénophobes ! Comme si la religion avait quelque chose à voir avec la race ! 

Des millions de nos compatriotes qui croient, qui croient un peu ou qui ne croient pas, qui sont des gens de bien, qui n'ont jamais imposé leurs idées à quiconque, pourraient chanter avec le poète 

Si l'Eternel existe en fin de compte il voit

Qu'je m'conduis guèr' plus mal que si j'avais la foi.

 

 

 (1) Georges Brassens « Le mécréant »

 

§

 

 



12/12/2014
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